Kurinuki : l'art de creuser la terre pour révéler sa forme
Il existe des gestes qui parlent d’eux-mêmes.
Des gestes simples, bruts, qui reconnectent à quelque chose d’essentiel.
Le Kurinuki fait partie de ceux-là.
C’est une technique japonaise de travail de la terre qui consiste à sculpter une pièce dans un bloc brut, en creusant son intérieur petit à petit.
Pas de tour, pas de symétrie parfaite : juste la main, l'outils et la matière.
Un geste ancien venu du Japon
Le mot Kurinuki signifie littéralement “creuser, tailler dans la masse”.
Cette approche est née dans les ateliers japonais traditionnels, bien avant que la céramique ne devienne un art de la précision.
Dans la philosophie wabi-sabi, le Kurinuki incarne une idée forte :
celle de laisser la forme émerger naturellement, sans la contraindre.
Chaque coup d’outil révèle un peu plus de les facettes de la pièce, comme si la terre elle-même guidait le geste.
On ne cherche pas à fabriquer un bol ou une tasse, mais à le découvrir.
Comment fonctionne la technique du kurinuki concrètement?
Voici les étapes telles que je les pratique dans mon atelier :
1. La préparation du bloc Tout commence par un bloc de grès, sans bulles d'air, que je "jette" sur ma table afin de le rendre bien compact. La taille du bloc détermine la taille finale de la pièce. En kurinuki pur, on ne peut pas agrandir, seulement enlever. Je travaille principalement avec un grès blanc moucheté qui révèle de belles textures une fois cuit.
2. La sculpture extérieure Avant de creuser, on donne à l'extérieur du bloc sa forme générale. C'est à cette étape que naît la silhouette : arrondie, angulaire, organique. L'outil principal : il n'y en a pas. J'utilise des outils suivant le rendu que je veux donner mais j'ai mes préférés : le fil à couper, des couteaux de peintres et des ciseaux à bois de différentes tailles ou encore un cutter. Il n'y a pas de règles spécifiques, prenez ce avec quoi vous être à l'aise.
3. L'évidement C'est le moment délicat de la technique. On creuse progressivement l'intérieur du bloc avec une mirette, en veillant à garder une épaisseur la plsu régulière possible des parois ni trop épaisse, ni trop fine, et attention à ne pas passer au travers! Prenez votre temps.
4. Le séchage lent Une pièce kurinuki doit sécher très lentement, les parois irrégulières ont tendance à se fissurer si le séchage va trop vite. Je couvre mes pièces de plastique pendant plusieurs jours.
5. La cuisson et l'émaillage Je recommande de faire la première cuisson afin de solidifier la pièce. Une fois séches, les irrégularités deviennent fragilent et peuvent facilement se casser. Donc soyez patient et ne loupez pas la case première cuisson. L'émaillage est la partie magique : il se dépose différemment sur une surface kurinuki que sur une pièce tournée : il accroche dans les creux, glisse sur les reliefs, crée des effets impossibles à anticiper. C'est ce qui rend chaque pièce absolument unique. La cuisson à haute température (entre 1260°C et 1280°C) révèle les nuances finales.
Kurinuki Vs tournage : quelle différence ?
| Kurinuki | Tournage | |
| Point de départ | Bloc plein sculpté de l'extérieur puis évidé | Motte d'argile centrée, ouverte et montée |
| Symétrie | Irrégulière, assumée | Symétrie parfaite |
| Temps de fabrication | Plus long | Plus rapide |
| Unicité | Chaque pièce unique | Reproductible en série |
| Esthétique | Brut, organique, sculptural | Lisse, précis, régulier |
| Lien au wabi-sabi | Direct | Indirect |
Le kurinuki n'est pas "plus difficile" que le tournage, il est différent. Il demande moins de technique pure et plus d'écoute de la matière. C'est précisément ce qui m'a attirée vers cette technique.
La beauté du geste imparfait
J’ai découvert le Kurinuki à un moment où je rencontrais des difficultés dans mon processus d'apprentissage de la poterie : le tournassage.
[Il s'agit d'une étape indispensable juste après le tournage. Lorsque la terre entame son séchage, on tournasse la pièce pour lui donner sa forme finale, réduire l'épaisseur de son fond et de ses parois, créer le pied, etc]
Moi qui pensais devoir “corriger” la terre, la lisser, la contrôler, j’ai vu, dans le Kurinuki comme une solution à une étape que je n'appréciais pas en m’invitant à faire exactement l’inverse. Mais ça, c'était juste au début...
Aujourd'hui je tournasse encore, et je me suis bien améliorée. Mais le kurinuki reste le moyen de mon expression créative parce qu'il m'offre ce que le tournage ne peut pas donner : arrêter de rechercher la perfection et un lâcher-prise total. Et en bonus, je suis toujours agréablement surprise du résultat.
Le kurinuki peut également se combiner avec d'autres techniques de façonnage comme le tournage ou le travail au colombin, chacune apportant ses propres contraintes et possibilités créatives. Ces combinaisons ouvrent des champs d'expression encore plus larges, que j'explore régulièrement dans mon atelier. Ce sera l'objet d'un prochain article dans Kintara Notes.
Quelles pièces peut-on créer en Kurinuki ?
Il n'y a aucune limite! La technique s'adapte à tous les formats : les bols chawan, pour le matcha ou le thé, tasses à café, vases (mes préférés), cache-pots, boîtes à bijoux et même les pierres d'apaisement.
Retrouvez toutes mes pièces façonnées en kurinuki dans la collection Essence Kurinuki
Creuser, observer, écouter
Chaque éclat, chaque irrégularité devient une signature.
La surface se creuse, mais c’est aussi soi que l’on vide et que l'on façonne, un peu, à chaque geste.
Dans cet acte lent et méditatif, il y a quelque chose de profondément apaisant. Et petit à petit, cette technique est devenue le moyen de mon expression créative.
Et si certaines pièces vous semblent inachevées, c’est peut-être parce qu’elles racontent ce qui ne se contrôle pas et que désormais vous verrez les choses sous un autre angle.
J'essaie de faire en sorte que toutes mes créations traduisent ce sentiment ; laissez-vous tenter et venez découvrir l'ensemble de mes pièces.
Désormais vous pouvez vous aussi vivre cette expérience vous-même. Je vous invite à me rejoindre dans mon atelier à Houilles pour un atelier de kurinuki
Floryane, Créatrice de Kintara Ceramics



